HAÏTI MAGAZINE par DÈYÈ MÒN ENFO

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#67 - Un cri poétique pour le centre-ville de Port-au-Prince

L’appel au retour du centre-ville par des jeunes déplacés | Célébrer les locks et déconstruire les préjugés | Woolens Strong met le pied à terre | Une accalmie fragile, des enlèvements en hausse

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Jean Elie FORTINE, Etienne COTE-PALUCK, et Jean-Paul SAINT FLEUR
août 07, 2026
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Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Portée par des jeunes vivant dans des camps de déplacés et par l’artiste Ricardo Boucher, la poésie s’est transformée en appel au retour de la vie au bas de la ville de Port-au-Prince. Tout ça et bien plus dans l’édition #67 de HAÏTI MAGAZINE par DÈYÈ MÒN ENFO.

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Sommaire #67

  1. Des jeunes déplacés font résonner l’appel au retour

  2. Célébrer les locks, déconstruire les préjugés

  3. Vidéoclip de la semaine - Pye Sòl par Woolens Strong et Dutty

  4. Une accalmie fragile, des enlèvements en hausse

  5. Revues de presse

Des jeunes déplacés font résonner l’appel au retour

Photo: Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Une formation d’une semaine avec des jeunes vivant dans des camps de déplacés a culminé, à la fin du mois dernier, par une performance artistique réclamant le retour de la vie au centre-ville de Port-au-Prince. Scandant « Vivre » à tue-tête, cette présentation, amorcée par une marche et conclue par une performance au camp du Lycée Marie-Jeanne, à Port-au-Prince, se voulait un appel à la paix et une célébration de tout ce qui faisait le cœur du centre-ville, souvent appelé « le bas de la ville »..

L’événement Bote Anba Lavil tire son nom d’une expression populaire chez les marchands qui transportent leur marchandise « dans le bas de la ville ». Avec ses nombreux marchés, ce secteur était le cœur économique du pays jusqu’aux conflits armés qui ont forcé, il y a deux ans, une grande partie des habitants et des commerçants à le quitter.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

« J’ai toujours aimé dire des poèmes, mais je me suis beaucoup améliorée dans ma façon de m’exprimer, et ma timidité commence à disparaître grâce à cette formation », explique Blandina, 17 ans, qui participait à l’événement pour la première fois. Elle habite un camp du quartier Bourdon.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

« Je slamais un peu, ajoute sa collègue Edna, mais j’étais toujours un peu timide. Maintenant, avec l’atelier, je sais comment parler en public et bien articuler. »

Edna, qui habite depuis deux ans un camp de déplacés, avait aussi participé à la première édition de ces formations l’an dernier.

« L’atelier a changé ma vie, complètement », affirme-t-elle.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Le projet reflète « une rage populaire, une colère et une forme de résistance », explique pour sa part à HAÏTI MAGAZINE l’artiste et poète Ricardo Boucher, formateur et instigateur du projet. « Je suis un gars de Port-au-Prince. J’y suis né, j’y ai grandi. Mes parents aussi vendaient à Croix-des-Bossales et au marché Salomon, entre autres. »

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

« Le centre-ville a disparu, il n’y a plus de bas de la ville », ajoute-t-il. « Tous ces endroits sont perdus. C’est tout un ensemble d’espaces qui faisaient Port-au-Prince et qui sont aujourd’hui en voie de disparition. »

Plus qu’un poumon économique, le centre-ville était aussi central dans la vie sociale de la capitale, avec ses églises, sa cathédrale, ses institutions d’enseignement et ses nombreux marchés. « À Croix-des-Bossales [le plus important marché au pays avant le conflit], la manière dont les marchandes appelaient pour vendre créait une cacophonie, mais aussi une convivialité, une communion. »

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Le centre-ville était en quelque sorte le poumon de Port-au-Prince. « Aujourd’hui, on se demande où est passée la beauté de cette ville. Où est passée la beauté du centre-ville? Où est passée son esthétique? Où est passée l’élégance qui existait au cœur de tout ce monde? »

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Avant la présentation finale du 25 juillet, les jeunes se sont réunis pendant une semaine, dans les locaux de pratique du festival de théâtre En lisant, pour suivre des ateliers sur la poésie et la performance artistique avec M. Boucher.

Le public lors de l'événement. Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

« J’espère que la ville va retrouver son charme et l’envie qu’on avait d’y vivre », conclut Ricardo Boucher. « On travaille avec les jeunes, qui sont le symbole de la résistance de Port-au-Prince, du présent et de l’avenir. Et on a fait, dans le camp, une performance qui portait toute la charge esthétique de Port-au-Prince, sa charge colérique et sa charge enragée. »

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Célébrer les locks, déconstruire les préjugés

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Porter de longs cheveux naturels, le plus souvent des dreads, aussi appelées locks, est parfois un combat en Haïti, comme nous le rapportions dans notre édition #18 il y a trois ans.

#18 - Le combat des Haïtiens pour leurs cheveux

#18 - Le combat des Haïtiens pour leurs cheveux

Jean Elie FORTINE, Etienne COTE-PALUCK, et 4 autres
·
August 8, 2023
Lisez l’intégralité de l’article

Encore une fois cette année, la police haïtienne a forcé des personnes portant des dreads à couper leurs cheveux. Des policiers aux cheveux plus longs que la moyenne avaient aussi été obligés, l’an dernier, de les couper, conformément à une nouvelle consigne de la hiérarchie.

En raison des préjugés occidentaux encore présents, une personne aux longs cheveux naturels est sujette à plusieurs formes de discrimination. La deuxième édition du festival Haitian Locks avait pour objectif, le mois dernier, de contrer ces préjugés. Organisé au Centre culturel Brésil-Haïti, à Pétion-Ville, l’événement était l’occasion de redonner ses lettres de noblesse à la fierté de porter de longs cheveux crépus.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

« L’objectif est de déconstruire les stéréotypes envers les gens qui ont les cheveux longs ou encore des locks », explique Malaïka Lamarre, contactée par HAÏTI MAGAZINE. « Nous voulons montrer l’origine de la discrimination et des stéréotypes, mais aussi comment une personne qui porte des locks peut vivre tout en s’émancipant de celles-ci. Nous voulons montrer à quel point il est important de respecter les cheveux et le corps des gens qui choisissent la voie des cheveux naturels, ainsi que la beauté qui existe dans chaque forme de locks. Bref, nous voulons aider les gens à se reconnecter à leur identité à travers leurs cheveux. »

L’événement s’adressait aux personnes qui ont des locks ou de longs cheveux naturels, mais aussi à toutes celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire de ces cheveux. « Ce n’est pas un parcours facile, mais c’est un parcours extraordinaire. »

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Vidéoclip de la semaine

Pye Sòl feat. Dutty - Woolens Strong

Le jeune rappeur Woolens Strong a sorti son deuxième EP ce printemps et en présente un premier extrait avec le vidéoclip Pye Sòl, en compagnie du vétéran du dancehall haïtien Dutty.

Ce n’est pas le clip le plus populaire du moment, mais il marque une étape importante dans la carrière de l’artiste. L’album et le clip témoignent d’ailleurs de la reconnaissance du milieu envers cette nouvelle étoile du rap, appréciée autant pour l’intelligence de ses paroles que pour sa crédibilité de rue. Certains rappeurs plus connus, comme Fantòm (Barikad Crew) et Pèkitan, font d’ailleurs une apparition dans le vidéoclip.

L’expression « pye sòl » signifie à la fois connaître la réalité du terrain et prendre la rue à pied. Elle a été popularisée par un groupe de policiers, Team Pye Sòl, qui se faisait une fierté de ne pas combattre les hommes armés depuis l’intérieur de leur véhicule blindé, mais plutôt en mettant le pied « à terre », sur le sol.

Une accalmie fragile, des enlèvements en hausse

Le marché de Kenscoff le mois dernier. Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Ces derniers jours, les conflits à Cité-Soleil et à Kenscoff, rapportés dans notre dernier numéro, semblent avoir connu une pause. Les activités économiques et sociales ont repris quelque peu, à l’exception d’hier après-midi où des tirs ont été rapportés à Fort-Dimanche.

Mais, parallèlement au retour d’un certain calme, les kidnappings ont repris. Deux Sud-Coréens, ont été kidnappés lundi dernier à Delmas 31. Le policier qui assurait leur sécurité a été blessé par balles en tentant de bloquer les ravisseurs. De son côté, le chef de cabinet du ministre de la Défense, James Boyard, kidnappé en juin dernier, est toujours aux mains de groupes criminels armés.

Des kidnappings ont également été rapportés dans la Plaine, une banlieue au nord de Port-au-Prince contrôlée par ces groupes criminels. Des passagers de véhicules qui y circulaient auraient été enlevés contre rançon.

L’équipe DÈYÈ MÒN ENFO

Photo-journalistes : Francillon Laguerre, Sonson Thelusma, Andoo Lafond, Milot Andris, Patrick Payin
Comité éditorial : Etienne Côté-Paluck, Jean Elie Fortiné, Jean-Paul Saint-Fleur
Stagiaires : Wilky Andris, Donley Jean Simon
Collaboration spéciale : Stéphanie Tourillon-Gingras, Mateo Fortin Lubin
Partenaires médiatiques : Centre à la Une, J-COM, Nord-Est Info
Partenaire institutionnel : Kay Fanm, Mouka.ht

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