#67 - Un cri poétique pour le centre-ville de Port-au-Prince
L’appel au retour du centre-ville par des jeunes déplacés | Célébrer les locks et déconstruire les préjugés | Woolens Strong met le pied à terre | Une accalmie fragile, des enlèvements en hausse
Portée par des jeunes vivant dans des camps de déplacés et par l’artiste Ricardo Boucher, la poésie s’est transformée en appel au retour de la vie au bas de la ville de Port-au-Prince. Tout ça et bien plus dans l’édition #67 de HAÏTI MAGAZINE par DÈYÈ MÒN ENFO.
Sommaire #67
Des jeunes déplacés font résonner l’appel au retour
Célébrer les locks, déconstruire les préjugés
Vidéoclip de la semaine - Pye Sòl par Woolens Strong et Dutty
Une accalmie fragile, des enlèvements en hausse
Revues de presse
Des jeunes déplacés font résonner l’appel au retour
Une formation d’une semaine avec des jeunes vivant dans des camps de déplacés a culminé, à la fin du mois dernier, par une performance artistique réclamant le retour de la vie au centre-ville de Port-au-Prince. Scandant « Vivre » à tue-tête, cette présentation, amorcée par une marche et conclue par une performance au camp du Lycée Marie-Jeanne, à Port-au-Prince, se voulait un appel à la paix et une célébration de tout ce qui faisait le cœur du centre-ville, souvent appelé « le bas de la ville »..
L’événement Bote Anba Lavil tire son nom d’une expression populaire chez les marchands qui transportent leur marchandise « dans le bas de la ville ». Avec ses nombreux marchés, ce secteur était le cœur économique du pays jusqu’aux conflits armés qui ont forcé, il y a deux ans, une grande partie des habitants et des commerçants à le quitter.
« J’ai toujours aimé dire des poèmes, mais je me suis beaucoup améliorée dans ma façon de m’exprimer, et ma timidité commence à disparaître grâce à cette formation », explique Blandina, 17 ans, qui participait à l’événement pour la première fois. Elle habite un camp du quartier Bourdon.
« Je slamais un peu, ajoute sa collègue Edna, mais j’étais toujours un peu timide. Maintenant, avec l’atelier, je sais comment parler en public et bien articuler. »
Edna, qui habite depuis deux ans un camp de déplacés, avait aussi participé à la première édition de ces formations l’an dernier.
« L’atelier a changé ma vie, complètement », affirme-t-elle.
Le projet reflète « une rage populaire, une colère et une forme de résistance », explique pour sa part à HAÏTI MAGAZINE l’artiste et poète Ricardo Boucher, formateur et instigateur du projet. « Je suis un gars de Port-au-Prince. J’y suis né, j’y ai grandi. Mes parents aussi vendaient à Croix-des-Bossales et au marché Salomon, entre autres. »
« Le centre-ville a disparu, il n’y a plus de bas de la ville », ajoute-t-il. « Tous ces endroits sont perdus. C’est tout un ensemble d’espaces qui faisaient Port-au-Prince et qui sont aujourd’hui en voie de disparition. »
Plus qu’un poumon économique, le centre-ville était aussi central dans la vie sociale de la capitale, avec ses églises, sa cathédrale, ses institutions d’enseignement et ses nombreux marchés. « À Croix-des-Bossales [le plus important marché au pays avant le conflit], la manière dont les marchandes appelaient pour vendre créait une cacophonie, mais aussi une convivialité, une communion. »









Le centre-ville était en quelque sorte le poumon de Port-au-Prince. « Aujourd’hui, on se demande où est passée la beauté de cette ville. Où est passée la beauté du centre-ville? Où est passée son esthétique? Où est passée l’élégance qui existait au cœur de tout ce monde? »








Avant la présentation finale du 25 juillet, les jeunes se sont réunis pendant une semaine, dans les locaux de pratique du festival de théâtre En lisant, pour suivre des ateliers sur la poésie et la performance artistique avec M. Boucher.




« J’espère que la ville va retrouver son charme et l’envie qu’on avait d’y vivre », conclut Ricardo Boucher. « On travaille avec les jeunes, qui sont le symbole de la résistance de Port-au-Prince, du présent et de l’avenir. Et on a fait, dans le camp, une performance qui portait toute la charge esthétique de Port-au-Prince, sa charge colérique et sa charge enragée. »







Célébrer les locks, déconstruire les préjugés
Porter de longs cheveux naturels, le plus souvent des dreads, aussi appelées locks, est parfois un combat en Haïti, comme nous le rapportions dans notre édition #18 il y a trois ans.
Encore une fois cette année, la police haïtienne a forcé des personnes portant des dreads à couper leurs cheveux. Des policiers aux cheveux plus longs que la moyenne avaient aussi été obligés, l’an dernier, de les couper, conformément à une nouvelle consigne de la hiérarchie.
En raison des préjugés occidentaux encore présents, une personne aux longs cheveux naturels est sujette à plusieurs formes de discrimination. La deuxième édition du festival Haitian Locks avait pour objectif, le mois dernier, de contrer ces préjugés. Organisé au Centre culturel Brésil-Haïti, à Pétion-Ville, l’événement était l’occasion de redonner ses lettres de noblesse à la fierté de porter de longs cheveux crépus.







« L’objectif est de déconstruire les stéréotypes envers les gens qui ont les cheveux longs ou encore des locks », explique Malaïka Lamarre, contactée par HAÏTI MAGAZINE. « Nous voulons montrer l’origine de la discrimination et des stéréotypes, mais aussi comment une personne qui porte des locks peut vivre tout en s’émancipant de celles-ci. Nous voulons montrer à quel point il est important de respecter les cheveux et le corps des gens qui choisissent la voie des cheveux naturels, ainsi que la beauté qui existe dans chaque forme de locks. Bref, nous voulons aider les gens à se reconnecter à leur identité à travers leurs cheveux. »
L’événement s’adressait aux personnes qui ont des locks ou de longs cheveux naturels, mais aussi à toutes celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire de ces cheveux. « Ce n’est pas un parcours facile, mais c’est un parcours extraordinaire. »







Vidéoclip de la semaine
Pye Sòl feat. Dutty - Woolens Strong
Le jeune rappeur Woolens Strong a sorti son deuxième EP ce printemps et en présente un premier extrait avec le vidéoclip Pye Sòl, en compagnie du vétéran du dancehall haïtien Dutty.
Ce n’est pas le clip le plus populaire du moment, mais il marque une étape importante dans la carrière de l’artiste. L’album et le clip témoignent d’ailleurs de la reconnaissance du milieu envers cette nouvelle étoile du rap, appréciée autant pour l’intelligence de ses paroles que pour sa crédibilité de rue. Certains rappeurs plus connus, comme Fantòm (Barikad Crew) et Pèkitan, font d’ailleurs une apparition dans le vidéoclip.
L’expression « pye sòl » signifie à la fois connaître la réalité du terrain et prendre la rue à pied. Elle a été popularisée par un groupe de policiers, Team Pye Sòl, qui se faisait une fierté de ne pas combattre les hommes armés depuis l’intérieur de leur véhicule blindé, mais plutôt en mettant le pied « à terre », sur le sol.
Une accalmie fragile, des enlèvements en hausse
Ces derniers jours, les conflits à Cité-Soleil et à Kenscoff, rapportés dans notre dernier numéro, semblent avoir connu une pause. Les activités économiques et sociales ont repris quelque peu, à l’exception d’hier après-midi où des tirs ont été rapportés à Fort-Dimanche.
Mais, parallèlement au retour d’un certain calme, les kidnappings ont repris. Deux Sud-Coréens, ont été kidnappés lundi dernier à Delmas 31. Le policier qui assurait leur sécurité a été blessé par balles en tentant de bloquer les ravisseurs. De son côté, le chef de cabinet du ministre de la Défense, James Boyard, kidnappé en juin dernier, est toujours aux mains de groupes criminels armés.
Des kidnappings ont également été rapportés dans la Plaine, une banlieue au nord de Port-au-Prince contrôlée par ces groupes criminels. Des passagers de véhicules qui y circulaient auraient été enlevés contre rançon.
L’équipe DÈYÈ MÒN ENFO
Photo-journalistes : Francillon Laguerre, Sonson Thelusma, Andoo Lafond, Milot Andris, Patrick Payin
Comité éditorial : Etienne Côté-Paluck, Jean Elie Fortiné, Jean-Paul Saint-Fleur
Stagiaires : Wilky Andris, Donley Jean Simon
Collaboration spéciale : Stéphanie Tourillon-Gingras, Mateo Fortin Lubin
Partenaires médiatiques : Centre à la Une, J-COM, Nord-Est Info
Partenaire institutionnel : Kay Fanm, Mouka.ht
À quoi sert votre contribution ?
Votre appui mensuel permet de financer la production et de rétribuer les collaborateurs de DÈYÈ MÒN ENFO dans les communes de Cité-Soleil, de Port-au-Prince et de Cayes-Jacmel. De plus, des dons sont régulièrement distribués pour frais médicaux, frais scolaires et autres urgences auprès de ces communautés.
Revues de presse
Revue de presse - Musique
Qui étaient les premiers musiciens du compas direct (3) ? - Le Nouvelliste
Qui étaient les premiers musiciens du Compas Direct ? (2) - Le Nouvelliste
Le compas direct et la magie de Nemours Jean-Baptiste - Le Nouvelliste
Qui étaient les premiers musiciens du Compas Direct ? - Le Nouvelliste
Revue de presse - Arts de la scène (musique)
Haïti-Diaspora : La 20e édition du festival Haïti en Folie célèbre la culture haïtienne à Montréal - AlterPresse
Revue de presse - Arts visuels
Tessa Mars s’expose en solo pour la première fois en France avec « La Mue » - Le Nouvelliste
Insécurité en Haïti: le secteur artistique paie aussi un lourd tribut - RFI
Vernissage de l’exposition « Éclair – Haïku en Haïti » de Dany Laferrière - Le Nouvelliste
Restitution du programme « Lòt Fòm » au Centre culturel Brésil-Haïti - Le Nouvelliste
Revue de presse - Cinéma
Jacmel, mémoires vivantes au cœur de la formation de Cinéma Nous - Le Nouvelliste
Revue de presse - Patrimoine
Le costume vodou, une mémoire cousue dans l’histoire d’Haïti - Le Nouvelliste
Haïti-Occupation américaine : 111 ans après, le débat historique se poursuit - AlterPresse
L’histoire et la culture d’Haïti au cœur du carnaval tropical de Paris - Le Nouvelliste
Haïti - Grande Rivière du Nord : Mission d’urgence du Bureau national d’ethnologie, après la découverte d’armes anciennes - AlterPresse
Revue de presse - Littérature
L’écrivain haïtien Thélyson Orélien décroche le prix Méduse 2026 pour « C’était ça ou mourir » - Le Nouvelliste
Vivacité de la littérature haïtienne, manque de critique structurée : le double constat de Dany Laferrière - Le Nouvelliste
Pou yon kreyolofoni literè ak yon kreyolofoni syantifik fètefouni - Le Nouvelliste
Dany Laferrière de retour à Petit-Goâve - Le Nouvelliste
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé reçoit l’académicien Dany Laferrière - Le Nouvelliste
« Haïti et les Aigles » de Oloferne Édouard - Le Nouvelliste
Gary Victor revient avec Sonson Pipirit - Le Nouvelliste
Dany Laferrière échange avec des jeunes à la DNL - Le Nouvelliste
Avant sa causerie sur l’enfance, Dany Laferrière s’adresse aux étudiants de l’UEH - Le Nouvelliste
Revue de presse - Genre et droits des femmes
présentée par KAY FANM
Clap de fin pour la 9e édition du Festival Féministe Nègès Mawon - Le Nouvelliste
Série | Exploitation et abus sexuels (1) : La SOFA renforce le rôle des organisations de la société civile - AlterPresse
Haïti : Violences sexuelles et crise humanitaire, le calvaire des personnes déplacées au site de la Ferme agricole de Papaye - AlterPresse
Haïti-Criminalité : Trois assassinats en 18 jours, dont une commerçante, inquiètent la Plateforme genre du Nord-Est - AlterPresse
Haïti : La SOFA célèbre 40 ans d’engagement pour les droits et l’autonomie des femmes - AlterPresse
Festival Nègès Mawon : une décennie de voix, de mémoire et de résistance célébrée en musique - Mus’Elles
Haïti : Plus de 3,000 cas de violences sexuelles signalés en trois mois, alerte l’Onu - AlterPresse

















