#64 - Drapeau en fête, pays sous pression
Le drapeau célébré au Palais présidentiel | Peindre pour se relever avec la Fondation Maurice Sixto | Wa Dodo dans les corridors du ghetto | Le centre de Cité-Soleil en fête, le nord en alerte
Le drapeau haïtien, cousu en 1803 par Catherine Flon pour symboliser l’union des personnes métis et noires, demeure une source de fierté. Malgré certaines remises en question, la fête - qui anime surtout les élèves à travers le pays - a encore brillé de tous ses feux cette année. Tout ça, et bien plus, dans l’édition #64 de HAÏTI MAGAZINE, par DÈYÈ MÒN ENFO.
Sommaire #64
Le drapeau célébré au Palais présidentiel
La célébration du drapeau haïtien, chaque 18 mai, est l’occasion de rappeler les racines de la première république réellement libre de l’histoire moderne, qui a proclamé son indépendance en 1804. La France et les États-Unis avaient chacun déjà créé une république auparavant, mais celle-ci restait toujours fondée sur l’esclavage et sur des populations noires ou métisses privées de droits citoyens. La révolte des esclaves de l’île d’Hispaniola a ainsi été vécue comme une gifle par les puissances occidentales, qui, pendant plus d’un siècle, tenteront de freiner l’épanouissement d’Haïti, par crainte qu’elle n’inspire d’autres colonies sur la voie de l’indépendance.
Les célébrations officielles du gouvernement ont eu un écho particulier cette année, puisqu’elles ont été organisées sur le terrain du palais présidentiel, tout près d’un centre-ville encore en conflit. L’objectif était de souligner que les abords du Champ-de-Mars seraient plus sécuritaires qu’auparavant.
Cependant, les quelques avancées des autorités au centre de Port-au-Prince - assez modestes en regard de l’ensemble du territoire encore sous le contrôle de groupes criminels armés - ont été éclipsées par les exactions dans le sud de l’Artibonite et par de nouveaux affrontements au nord de l’aéroport de Port-au-Prince, qui auraient fait des centaines de victimes. C’est d’ailleurs ce qu’ont souligné plusieurs critiques au cours de la dernière semaine dernière. Pourquoi organiser une cérémonie faste dans un pays en guerre?
Durant la cérémonie gouvernementale, les militaires de la nouvelle armée haïtienne ont côtoyé des jeunes issus de troupes de danse, de troupes de reconstitution historique ou de vodou. La culture vodou propre à Haïti (photos ci-haut, ci-bas et première photo de la section) est intrinsèquement liée aux traditions et aux débuts de la révolte contre l’esclavage, à la fin du XVIIIe siècle, qui a mené à l’indépendance du pays.






Le Premier ministre par intérim a profité de l’occasion pour inaugurer un nouveau timbre en hommage à l’équipe haïtienne de foutbòl [soccer], dont la qualification au Mondial 2026 réunit la nation entière. C’est en 1974 que la dernière sélection nationale s’était qualifiée au Mondial. Symbole du passage du flambeau, un joueur de la sélection de 1974, Mario Léandre, a remis un drapeau à Woodensky Pierre, joueur de la sélection actuelle (et seul joueur de l’équipe à évoluer dans un club en Haïti).






L’occasion a aussi permis à l’armée d’Haïti (FADH) de montrer sa prouesse cérémoniale. Réformée en 2017, elle poursuit son expansion année après année. Elle est perçue par certains comme une réponse à l’insécurité actuelle et continue d’augmenter ses effectifs.
Les troupes de l’armée d’Haïti ont été accompagnées d’une fanfare et d’une reconstitution - interprétée par des acteurs - de l’armée haïtienne à l’époque de l’indépendance.








Peindre pour se relever
Dans la plus pure tradition haïtienne, un atelier de peinture sur bouteille a été organisé à la mi-mai pour les jeunes des camps, dans les locaux de Tchaka Danse, du quartier Bourdon de Port-au-Prince. L’initiative de la Fondation Maurice Sixto s’inscrit dans le cadre d’un programme comprenant aussi des ateliers de théâtre-forum et de danse, ainsi qu’un accompagnement psychosocial. Lancé le 11 mai dernier, le programme se poursuit jusqu’à la fin du mois prochain.





Vidéoclip de la semaine
Viral - Wa Dodo feat. Trust Halla Halla + Gogo Chen Rigòl
Au milieu d’un bidonville, Wa Dodo, Trust Halla Halla et Gogo Chen Rigòl se promènent dans des corridors, critiquant la situation actuelle dans la capitale, entre une partie de lido [parcheesi/jeu des petits chevaux] et un service de recharge de téléphones. Il est rare de voir des vidéoclips aussi crus et réalistes, qui envoie aussi des piques à tous vents. La chanson célèbre entre autres les gens de milieux modestes, les enfants qui ont du talent et la sélection haïtienne de soccer/foutbòl, tout en déplorant le sort des personnes forcées de fuir leur logis par milliers en raison des affrontements.
Ce n’est pas l’une des vidéos les plus populaires du moment, mais son authenticité et sa charge politique en font une des chansons les plus percutantes, tant par ses paroles que par sa cinématographie.
Cité-Soleil : le centre en fête, le nord en alerte
Pour les jeunes, la fête du drapeau est l’occasion de célébrer partout au pays: Cité-Soleil ne fait pas exception. Vêtus de rouge et de bleu, les enfants de la commune ont marché dans les rues (avec leurs parents et éducateurs) pour souligner cette journée, qui rassemble toutes les sensibilités politiques du pays.
Des jeunes ont même été aperçus, dans la commune, en costume de policiers. Ces photos, prises dans le quartier Brooklyn de Cité-Soleil, contrastent avec une certaine panique dans la partie nord, où les conflits se poursuivent entre des factions autrefois associées au groupe criminel armé G9 et celles souvent regroupées sous G-Pèp (comme nous l’écrivions dans la dernière édition d’HAÏTI MAGAZINE). Selon les calculs de l’Organisation internationale pour les migrations, ces affrontements ont entraîné près de 20 000 personnes à quitter leur demeure.
L’équipe DÈYÈ MÒN ENFO
Photo-journalistes : Francillon Laguerre, Sonson Thelusma, Andoo Lafond, Milot Andris, Patrick Payin
Comité éditorial : Etienne Côté-Paluck, Jean Elie Fortiné, Jean-Paul Saint-Fleur
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Collaboration spéciale : Stéphanie Tourillon-Gingras, Mateo Fortin Lubin
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Partenaire institutionnel : Kay Fanm, Mouka.ht
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