HAÏTI MAGAZINE par DÈYÈ MÒN ENFO

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#63 - La lutte pour augmenter le salaire minimum porte fruits

Négociations pour la hausse du salaire minimum | Le groupe Zile voit devant | La fête des saveurs à Delmas | La jeunesse au basket | Nazon et Delmas 30 se relèvent | Viv Ansanm se déchire en Plaine

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Jean Elie FORTINE, Etienne COTE-PALUCK, et Jean-Paul SAINT FLEUR
mai 06, 2026
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Manifestation le 24 avril à Port-au-Prince. Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

À la suite d’importantes grèves et de manifestations, le gouvernement haïtien a accepté, cette semaine, d’ouvrir des négociations avec des syndicats et des mouvements paysans au sujet d’une hausse du salaire minimum. Tout ça et bien plus dans l’édition #63 de HAÏTI MAGAZINE par DÈYÈ MÒN ENFO.

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Sommaire #63

  1. Des négociations en cours pour la hausse du salaire minimum

  2. Vidéoclip de la semaine : Devan l ye par Zile

  3. Expo Jeunes : la fête des saveurs

  4. Jeunesse en avant : le basket en fête

  5. Nazon rouvre, Delmas 30 se relève

  6. En Plaine, la coalition se déchire

  7. Revues de presse

Des négociations en cours pour la hausse du salaire minimum

Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Depuis jeudi - après neuf jours de grève le mois dernier, menées par des employés d’usines de Port-au-Prince et de Ouanaminthe, qui comptent parmi les plus importantes du pays - le gouvernement accepte enfin de s’asseoir avec certaines fédérations syndicales et associations paysannes afin d’envisager une hausse du salaire minimum.

« Après la décision du gouvernement [début avril] d’augmenter le prix de l’essence, les ouvriers ont senti qu’ils ne pouvaient plus absorber la hausse du coût de la vie », explique Télémarque Pierre, coordonnateur général de la fédération ESPM-Batay Ouvriye, joint au téléphone hier matin, juste avant une autre journée de négociations avec le gouvernement.

Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Depuis le début de la guerre entre groupes criminels et autorités, il y a cinq ans, l’inflation annuelle oscille autour de 30 %. Le salaire minimum, lui, n’a pas augmenté depuis 2022 : 685 gourdes par jour, soit un peu plus de 7 dollars canadiens (ou 5 dollars US).

La mobilisation s’est ouverte par trois jours de grèves dans les usines, à la mi-avril, suivis de trois jours de grèves, entre les 20 et 22 avril, et enfin de trois autres jours de grèves et de manifestations les 29 avril, 30 avril et 1er mai, journée internationale des travailleurs (fériée en Haïti).

Entamées cette semaine, le gouvernement a proposé aux employés des usines, lors des négociations, un salaire minimum journalier de 1 000 gourdes (un peu plus de 10 dollars canadiens, ou 7,60 USD). Ce n’est pas suffisant, affirme M. Pierre. Vu la montée vertigineuse du coût de la vie, les syndicats demandent plutôt 3 000 gourdes par jour.

« 1 000 gourdes ne peuvent pas répondre aux besoins de base pour se nourrir », explique le syndicaliste. À titre de comparaison, 1 000 gourdes suffisent à peine à payer un plat de riz et de viande acheté à une marchande dans la rue, à Port-au-Prince.

En Haïti, le salaire minimum est fixé par le gouvernement selon une grille selon le type d’emploi. Cette proposition de 1 000 gourdes par jour s’appliquerait aux emplois de base des usines. Dans les catégories moins rémunérées, le gouvernement propose de faire passer le salaire des travailleuses domestiques de 350 à 500 gourdes, et celui des agents de sécurité de 615 à 925 gourdes.

Ces négociations se tiennent avec le ministère des Finances et le ministère des Affaires sociales et du Travail, dans les bureaux du Fonds d’assistance économique et sociale (FAES).

« Les revendications des travailleurs et travailleuses sont : un salaire minimum plancher de 3 000 gourdes, sans nouvelle augmentation de tarifs; la baisse le prix du gaz; et que tous les employés révoqués arbitrairement et illégalement aux usines de CODEVI soient réintégrés, dans le respect de la liberté syndicale. »

Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Une cinquantaine de leaders syndicaux et d’employés mobilisés lors de la grève auraient en effet été mis à la porte par des usines de Ouanaminthe à la suite des manifestations.

« On lance un appel à tous les travailleurs : restez mobilisés, conclue-t-il. Nous menons des concertations pour que les syndicats adoptent une position officielle sur les propositions du gouvernement. »

Les usines des zones franches de Port-au-Prince (SONAPI) et de Ouanaminthe (CODEVI) produisent des biens pour Haïti, mais surtout pour l’Amérique du Nord, tels que des vêtements comme, à titre d’exemple, des t-shirts à bas prix.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Vidéoclip de la semaine

Devan l ye - Zile

La formation d’Annie Alerte, Zile, connaît une nouvelle fois le succès avec son dernier vidéoclip, Devan l ye [« regarde en avant »], lancé vendredi dernier. Hommage au compas direct, la pièce met de l’avant une section de cuivres dans la plus pure tradition de ce genre, très populaire avant les années 1990.

Dans le vidéoclip qui accompagne la chanson, des pancartes à l’effigie de certains des plus importants acteurs du compas direct sont brandies par une foule dans la rue, puis affichées à l’écran, à la toute fin. Cette chanson, qui souligne l’importance de regarder vers l’avenir sans oublier le passé, met aussi en scène le parcours d’Annie Alerte, chanteuse vedette du groupe Zile. Elle est représentée enfant, devant un miroir, chantant avec une brosse en guise de micro, dans un quartier populaire. En parallèle, la chanteuse adulte voyage en jet privé et en Mercedes, avant de rendre visite à la petite fille qu’elle a été.

Expo Jeunes : la fête des saveurs

Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Le palais municipal de Delmas, du quartier Delmas 33, a accueilli, fin avril, la sixième édition de la foire gastronomique Expo Jeunes, organisée par Real Productions.

En plus des dizaines de kiosques présentant différents produits locaux (alimentation et artisanat), l’événement a accueilli en soirée plusieurs vedettes de la scène musicale haïtienne, dont Kreyol La, Teddy Hashtag, Bmix & Afriken, DJ YK et Joel Akoustik. Nos amis de Fragrance by Rudel étaient aussi sur place (première photo).

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

À cette occasion, un défilé de mode, avec certaines créations haïtiennes a aussi pris l’affiche.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Jeunesse en avant : le basket en fête

Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Une nouvelle édition du championnat de basketball Jeunesse en avant se déroule présentement dans la capitale. Le tournoi est l’occasion, pour les adolescents, de montrer leur talent avant de rejoindre la ligue adulte. L’événement est soutenu par la Fédération haïtienne de basketball.

Dernier de quatre affrontements entre Levante et Team Christ Roi, c’est cette dernière équipe qui a finalement remporté le match (50 à 33) et cette série. Le match a eu lieu le 19 avril dernier, à la place Boyer de Pétion-Ville.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Nazon rouvre, Delmas 30 se relève

Delmas 30. Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Une certaine accalmie a été observée dans les quartiers de Nazon et de Delmas 30, ces dernières semaines, après de violentes attaques de groupes criminels dans ces zones proches du centre de Port-au-Prince. Les groupes armés semblent s’être repliés dans leurs quartiers historiques, tout près, ce qui a permis à certaines personnes de regagner leurs résidences ou simplement d’aller y constater les dégâts.

Reportage d’Emma Villeroy et Antoine Martin, appuyés par Jean Elie Fortiné de Dèyè Mòn Enfo, pour le quotidien français Libération.
La route de Nazon. Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Selon nos observations, de nombreuses maisons ont en effet été incendiées et plusieurs toits en tôle ont été arrachés. La circulation reprend aussi graduellement sur la route de Nazon, où nous avons aperçu certains bus (tap-tap) qui ont repris du service sur cette grande artère de la ville, fermée depuis plus d’un an.

Une résidente constate les dégâts à Delmas 30. Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

En Plaine, la coalition se déchire

Les tensions perdurent entre différents membres de la coalition de groupes criminels armés Viv Ansanm, qui contrôle l’ensemble du territoire entourant Port-au-Prince, dont le centre-ville.

De nouveaux affrontements ont en effet eu lieu il y a deux semaines en Plaine, dans des zones limitrophes de Cité-Soleil et de Tabarre, particulièrement autour de Petite Place Cazeau et de Damien, en banlieue nord de Port-au-Prince. Trois groupes de cette coalition s’affrontent pour le contrôle de territoires, occasionnant un nouveau déplacement forcé de 5 000 personnes, selon l’Organisation internationale pour les migrations. De fortes rumeurs font aussi état de nouvelles attaques en préparation, à la suite de ces premiers affrontements, qui auraient fait de nombreux morts parmi les groupes concernés. Le groupe surnommé Tè Nwa à Pierre 6 tenterait ainsi de ravir des zones au groupe Chen Mechan (« Chiens méchants ») et à ses alliés du groupe Taliban, basé à Canaan, dirigé par le dénommé Jeff Gwo Lwa.

Reportage d’Emma Villeroy et Antoine Martin, appuyés par Jean Elie Fortiné de Dèyè Mòn Enfo, pour le quotidien français La Croix.

Le contrôle de certains carrefours permet, entre autres, d’y installer des postes de péage de fortune, qui rapportent d’importants revenus à ces groupes. Non loin de là, l’ambassade des États-Unis est toujours protégée par des Marines américains, alors que ses portes sont toujours fermées au public. Des entreprises comme Barbancourt et le producteur de cigarettes Comme il faut, établies près des zones de conflit, ont appelé à l’aide dans une lettre commune.

L’équipe DÈYÈ MÒN ENFO

Photo-journalistes : Francillon Laguerre, Sonson Thelusma, Andoo Lafond, Milot Andris, Patrick Payin
Comité éditorial : Etienne Côté-Paluck, Jean Elie Fortiné, Jean-Paul Saint-Fleur
Stagiaires : Wilky Andris, Donley Jean Simon
Collaboration spéciale : Stéphanie Tourillon-Gingras, Mateo Fortin Lubin, Dickens Keller
Partenaires médiatiques : Centre à la Une, J-COM, Nord-Est Info
Partenaire institutionnel : Kay Fanm, Mouka.ht

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Revues de presse

Des images de la 3e édition de l’événement culturel La Saline en bleu à Jacmel le 28 avril dernier. Photo : Dickens Keller

Revue de presse - Arts de la scène

  • SST : Gaëlle Bien-Aimée et Cantave K. désossent le pays sous les rires - Le Nouvelliste

  • Atelye Mawon ou la danse comme mémoire et pratique artistique - Le Nouvelliste

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Revue de presse - Cinéma

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  • Haïti – Cinéma : Gessica Généus sélectionnée à Cannes avec « Marie-Madeleine » - AlterPresse

Deuxième jour du Festival de Jazz de Jacmel mercredi dernier. Photo : Photo : Dickens Keller

Revue de presse - Culture et patrimoine

  • Fort Dimanche : Mémoire commémorée mais silence officiel autour du 26 avril - AlterPresse

  • Haïti – Culture : Le Centre Culturel Pyepoudre célèbre 37 ans d’existence - AlterPresse

  • Haïti–ONU : Un collectif afrodescendant exige la restitution des biens culturels spoliés pendant la colonisation - AlterPresse

  • La bibliothèque municipale de Delmas rouvre ses portes - Le Nouvelliste

Revue de presse - Genre et droit des femmes

présentée par KAY FANM

  • « Veye sou nou » : un engagement collectif pour les femmes d’Haïti - Fondation Connaissance et Liberté

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