HAÏTI MAGAZINE par DÈYÈ MÒN ENFO

HAÏTI MAGAZINE par DÈYÈ MÒN ENFO

#61 - Jouer la paix, défaire les divisions

Le théâtre contre les fractures | Grandir en camp, jouer sa vie | Charlin Bato sensuel | Ballon rond, ville debout | Terreur en Artibonite | L’avenue Christophe toujours sous tension

Avatar de Jean Elie FORTINE
Avatar de Etienne COTE-PALUCK
Avatar de Jean-Paul SAINT FLEUR
Jean Elie FORTINE, Etienne COTE-PALUCK, et Jean-Paul SAINT FLEUR
avr. 04, 2026
∙ abonné payant
Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Un marché public, microcosme de la société, était au cœur de la pièce Agir pour la réconciliation et la paix, présentée fin mars à l’occasion de la Journée internationale du théâtre. Tout ça et bien plus dans l’édition #61 de HAÏTI MAGAZINE par DÈYÈ MÒN ENFO.

Nous fonctionnons grâce à vos appuis. Si vous le pouvez, contribuez au journalisme indépendant en Haïti.

Sommaire # 61

  1. Le théâtre contre les fractures

  2. Grandir en camp, jouer sa vie

  3. Vidéoclip de la semaine : Pye sou kou par Charlin Bato

  4. Ballon rond, ville debout

  5. Terreur en Artibonite

  6. Port-au-Prince : l’avenue Christophe toujours sous tension

  7. Revues de presse

Le théâtre contre les fractures

Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Les marchandes à l’intérieur et aux alentours des marchés publics subissent de plein fouet bien des maux de la société haïtienne. En plus d’être parfois contraintes de se déplacer en raison de la violence dans certains quartiers de la capitale, elles doivent aussi affronter des représentants d’autorités trop souvent tentés de profiter de leur pouvoir.

Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

C’était au cœur de la pièce présentée le 26 mars dernier à Pétion-Ville par les Ateliers Encriture et l’Institut français en Haïti (IFH). Dans la pièce mise en scène par Ronald Vital, des marchandes de vêtements usagés, de sandales, ou encore des vendeuses ambulantes tentaient, au sens propre et figuré, de défaire la corde à leur cou.

Les marchandes du pays font en effet face à plusieurs obstacles. D’abord, plusieurs mairies semblent insensibles au nombre grandissant de vendeuses dans les quartiers encore relativement épargnés par les conflits. Elles n’hésitent pas à faire déguerpir celles qui s’installent sur les trottoirs, jugées « non autorisées ». Ensuite, les personnes responsables des marchés sont trop souvent enclines à profiter des avantages de leur poste sans offrir un service adéquat.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

En plus de tous ces personnages, une voix chantée rappelait tout au long de la pièce les revendications des marchandes, accompagnée de musiciens également sur scène. Elles réussissent à se libérer de leurs cordes symboliques lorsque ces gens finissent par se parler et s’écouter.

Présentée à Aioli, à Pétion-Ville, Agir pour la réconciliation et la paix entendait faire du théâtre un « langage universel pour promouvoir la paix et l’unité », selon ses producteurs. Écrite par le collectif des Ateliers Encriture, elle était interprétée par Sabine Auguste, Woodnaëlle Anne Delice, Fameuse Maude, Karl Laurent Dortissant, Marie-Carly Lafontant et Williamson Augustin.

Grandir en camp, jouer sa vie

Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Les ados des camps de déplacés du projet Théâtre pour la paix, que nous avons mis de l’avant dans notre édition de la semaine dernière, ont finalement présenté leur œuvre, très touchante, les 30 et 31 mars derniers au centre culturel Pyepoudre de Port-au-Prince.

Parfois les larmes aux yeux, ces jeunes ont mis en lumière des conditions de vie difficiles, en particulier pour des personnes de leur âge. Dans une mise en scène originale, ils ont tour à tour, dénoncé des situations éprouvantes.

Sur la pancarte : toilette avec votre propre papier et votre propre eau – 25 gourdes; sans votre propre papier et votre propre eau – 50 gourdes. Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Beaucoup de jeunes filles ont de la difficulté à trouver des produits de soins menstruels pour accompagner leurs règles. Une jeune fille a raconté comment, pendant qu’elle dormait, un responsable du camp est venu la caresser. Les larmes ont commencé à couler pendant son récit. Elle ne veut pas passer son enfance - et grandir - dans un camp de personnes déplacés.

D’autres ont aussi raconté comment certains responsables échangent de la nourriture contre des faveurs sexuelles.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Un jeune garçon n’a pas pu retenir ses larmes lorsqu’il a raconté comment il avait eu peur pour la vie de sa petite sœur, alors qu’une bataille avait éclaté pendant une distribution de nourriture. La police était intervenue avec du gaz lacrymogène, et sa sœur était tombée en détresse respiratoire.

Cette production théâtrale dirigée par Daphena Rémédor et Jenny Cadet était une activité de la Brigade d’intervention théâtrale Haïti (BIT Haïti).

Vidéoclip de la semaine

Pye sou kou - Charlin Bato

Après la sortie de son premier album l’été dernier, Charlin Bato dévoile enfin le vidéoclip de l’une de ses pièces les plus accrocheuses et sensuelles. Le refrain de la chanson compas Pye sou kou répète, d’une manière langoureuse : « J’ai envie d’entendre tes cris seulement, j’ai envie de te manger dans le salon, j’ai envie d’entendre tes bruits seulement ».

Le vidéoclip est tout aussi explicite : on y voit une femme danser en petite tenue autour d’un poteau, devant le lit du chanteur. Dans l’introduction, sans musique, elle se plaint en anglais avec deux amies que les hommes ne semblent plus avoir autant d’endurance et de force ces temps-ci, avant que Bato ne lui donne une carte d’affaires avec son numéro, écrit à la main.

Ballon rond, ville debout

Plusieurs tournois de soccer et d’autres sports d’équipe ont lieu ce printemps dans la capitale. Nous avons assisté dimanche au « Tournoi des compagnies » organisé par l’humoriste et animateur Kako sur le grand terrain de Peguyville. Celui-ci voit s’affronter des équipes d’employés de différentes grandes entreprises du pays.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Dimanche, l’équipe d’Ibo Kinkay a remporté de justesse, 4-3, son match en demi-finale contre l’équipe de Casami. La grande finale du tournoi aura lieu le dimanche 13 avril prochain.

Photos : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Terreur en Artibonite

Une plaine de l’Artibonite en 2024. Photo : Françoise Ponticq / Dèyè Mòn Enfo

L’Artibonite a été, en début de semaine, le théâtre d’un nouveau massacre : au moins 70 civils, de tous les âges, auraient perdu la vie dimanche dernier, selon le RNDDH. Près d’une cinquantaine de maisons auraient aussi été incendiées, selon d’autres sources.

La zone étant toujours difficile d’accès, le nombre exact de victimes reste complexe à établir. La police tentait, en début de semaine, de mener une intervention dans la zone, alors que d’autres exactions ont été rapportées lundi et mardi.

Selon les premiers témoignages relayés dans la presse haïtienne, les assaillants se seraient divisés en groupes et auraient entravé certains accès afin de ralentir les policiers. Des bébés et des personnes âgées auraient été ciblés, tout comme des figures connues des groupes d’autodéfense du coin. Selon l’Organisation internationale de la migration, près de 9 000 personnes, soit plus de 2 300 familles, auraient fui la zone après l’attaque, en plus des dizaines de blessés.

L’ONU et plusieurs gouvernements étrangers se sont dits désolés, tandis que le gouvernement haïtien a mis du temps à réagir, un retard reproché par certains éditoriaux cette semaine.

Le massacre s’est déroulé dans la localité de Jean-Denis, dans la commune de Petite-Rivière-de-l’Artibonite. Limitrophe du département de l’Ouest où se situe Port-au-Prince, le sud de l’Artibonite est en grande partie contrôlé par des groupes criminels armés depuis plus de trois ans. Ce n’est d’ailleurs pas le premier massacre attribué au groupe Gran Grif, connu pour ses méthodes très violentes.

Port-au-Prince : l’avenue Christophe toujours sous tension

Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Malgré plusieurs interventions au centre-ville de Port-au-Prince, l’avenue Christophe - située plus haut que le centre-ville et où se trouvent les principales institutions d’enseignement supérieur du pays - demeure encore en grande partie inaccessible.

Des conflits y éclatent sporadiquement, et les habitants évitent le secteur lorsque possible. Au bas de l’avenue Jean‑Paul II (Turgeau), à l’intersection avec l’avenue Christophe, la circulation s’est tellement raréfiée que le quartier prend des airs de friche, comme le montre la photo ci-dessus, prise à l’angle de Charles‑Sumner.

Le 24 mars dernier, devant le terrain du palais présidentiel. Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Pendant ce temps, le premier ministre ad hoc, Alix Didier Fils-Aimé, se félicitait la semaine dernière des interventions de la police aux alentours du Champ-de-Mars, plus bas dans la ville, où se concentrent de nombreux lieux de pouvoir. Les passages ne sont pas encore aussi nombreux qu’avant devant le terrain du palais présidentiel, comme le montrent ces chèvres qui ont profité de l’accalmie pour y trouver un peu d’ombre (photo ci-haut).

L’équipe DÈYÈ MÒN ENFO

Photo-journalistes : Francillon Laguerre, Sonson Thelusma, Andoo Lafond, Milot Andris, Patrick Payin
Comité éditorial : Etienne Côté-Paluck, Jean Elie Fortiné, Jean-Paul Saint-Fleur
Stagiaires : Wilky Andris, Donley Jean Simon
Collaboration spéciale : Stéphanie Tourillon-Gingras, Mateo Fortin Lubin, Françoise Ponticq
Partenaires médiatiques : Centre à la Une, J-COM, Nord-Est Info
Partenaire institutionnel : Kay Fanm, Mouka.ht

À quoi sert votre contribution ?

Votre appui mensuel permet de financer la production et de rétribuer les collaborateurs de DÈYÈ MÒN ENFO dans les communes de Cité-Soleil, de Port-au-Prince et de Cayes-Jacmel. De plus, des dons sont régulièrement distribués pour frais médicaux, frais scolaires et autres urgences auprès de ces communautés.

Revues de presse

Rassemblement d’amateurs de motos et de quatre-roues dimanche soir dernier à Pétion-Ville. Photo : Jean Elie Fortiné / Dèyè Mòn Enfo

Revue de presse - Arts de la scène

  • Jérémie accueille la 5e édition du festival de théâtre « Regards ailleurs » - Le Nouvelliste

  • Standing ovation pour la pièce « Lakou » à l’hôtel El Rancho - Le Nouvelliste

Revue de presse - Cinéma

  • Player 1/2 : chronique d’une misogynie ordinaire sur grand écran - Le Nouvelliste

  • Un rêve, une caméra, un avenir : Wegherley Joseph - Le Nouvelliste

Revue de presse - Culture

  • Lancement de la Fabrique des Arts aux Cayes - iciHaïti

  • Après l’Académie française, Dany Laferrière rejoint la Maison de Molière - Le Nouvelliste

  • Cap-Haïtien célèbre Abigaïl Alexandre, lauréate du concours international Éloquentia - Le Nouvelliste

  • Jacques Nesi présente « Haïti, la fabrication d’une société de semblables » - Le Nouvelliste

Revue de presse - Patrimoine

  • Comment un projet de numérisation d’ouvrages classiques haïtiens s’est interrompu - Ayibopost

  • Le rara, une richesse culturelle inépuisable en Haïti - Le National

  • Ayiti mete Trase Vèvè an avan devan UNESCO pou pwoteksyon eritaj kiltirèl li - Centre à la Une

Revue de presse - Genre et droits des femmes

présentée par KAY FANM

  • La mission kényane impliquée dans 4 cas d’abus et d’exploitation sexuels en Haïti - Ayibopost

  • Haïti-Camps : La Pohdh alerte sur la détresse des adolescentes enceintes et allaitantes - AlterPresse

  • Culture : Clôture de Zikonnect 3.0, un programme dédié à l’autonomisation des femmes dans l’industrie musicale en Haïti - AlterPresse

  • Vers une réflexion scientifique et académique sur le féminisme haïtien - Le Nouvelliste

  • Hausse alarmante des violences sexuelles sur mineurs dans la Grand’Anse : la Fondation Zanmi Timoun tire la sonnette d’alarme - L’exclusivité Infos

Facebook - Instagram - Twitter/X
Avatar de User

Continuez la lecture de ce post gratuitement, offert par Etienne COTE-PALUCK.

Ou achetez un abonnement payant.
© 2026 Dèyè Mòn Enfo · Confidentialité ∙ Conditions ∙ Avis de collecte
Lancez votre SubstackObtenir l’app
Substack est le foyer de la grande culture