#58 - CARNAVAL 2026 : Jacmel demande la paix
Le carnaval plus fort que tout à Jacmel | Teddy Hashtag et Rutshelle Guillaume se donnent de l’amour | À Port-au-Prince, des quartiers libérés, d’autres toujours en conflit
Jacmel a célébré son carnaval le mois dernier avec tout l’enthousiasme qu’on lui connaît, bien que les touristes provenant de l’extérieur du département se soient faits rares. Coûte que coûte, les gens de Jacmel ont célébré l’art et la fête, toujours avec une touche de commentaire sociopolitique. Tout ça et bien plus dans l’édition #58 de HAÏTI MAGAZINE par DÈYÈ MÒN ENFO.
Mot de la rédaction : Ce fut six mois éprouvants, mais je m’en sors « tipatipa » (petit à petit). Un épuisement professionnel, suivi d’autres complications médicales, m’a forcé à arrêter tout travail pendant cette période. Nos collaborateurs ont continué d’animer nos réseaux sociaux (Facebook, Instagram et cie), mais voici enfin le retour de l’infolettre. Merci de votre patience.
Étienne Côté-Paluck, rédacteur-en-chef
Sommaire #58
Le carnaval plus fort que tout à Jacmel
Vidéoclip de la semaine : Ou banm lanmou par Teddy Hashtag et Rutshelle
Port-au-Prince : des quartiers libérés, d’autres toujours en conflit
Revues de presse
Le carnaval plus fort que tout à Jacmel
Le carnaval de Jacmel fait partie de l’âme de cette petite ville. Tenu une semaine avant le carnaval national dans le reste du pays, il présente le meilleur des artistes de cette région, connue pour son artisanat.
L’ambiance de guerre que connaît la capitale, ainsi que certaines régions limitrophes, a empêché la plupart des visiteurs de l’extérieur du pays et du département du Sud-Est de participer aux célébrations, ce qui n’a pas échappé aux artisans. Sur l’une des pancartes (ci-haut), on pouvait lire : « Non à la violence, le crime ne paie pas ». Une des œuvres en papier mâché présentait aussi une croix ornée des drapeaux des trois plus importants pays dits « amis » d’Haïti (France, États-Unis et Canada, première photo). Sur cette croix, un homme noir affublé du drapeau haïtien était crucifié.
La politique internationale a aussi inspiré les artisans, qui profitent souvent du carnaval pour exprimer, à travers leurs pièces, des critiques acerbes envers des dirigeants nationaux ou étrangers. L’une des œuvres présentait un aigle à tête blanche volant avec la tête de Nicolas Maduro entre ses serres (photo ci-haut).
Une autre scène présentait des Haïtiens avec des valises, dont l’une affichait : « Nous voulons retourner à la maison » (photo du centre, ci-bas), en référence à ces centaines de milliers d’Haïtiens et d’Haïtiennes expatriés.



Les djab, célèbres personnages du carnaval, étaient encore accompagnés des lansè kòd pour effrayer les jeunes et les moins jeunes.
Ils entourent parfois des festivaliers qu’ils effraient, souvent en promettant de salir leurs habits avec leur substance noirâtre.








Après les danseurs et les masques de papier mâché, à la nuit tombée, les fanfares et les DJ ont pris le relais sur la rue principale de la ville, là où se déroule le défilé, qui est aussi une compétition.
Certains maquillages étaient d’ailleurs très élaborés dans cette fête où l’horreur côtoie la beauté et les commentaires politiques. La journée, plus familiale, laisse place en soirée à des fêtes où l’alcool coule à flot.








Un jury, formé par la mairie de Jacmel, désigne à la fin du défilé de jour les gagnants dans diverses catégories : troupes de danse, masques en papier mâché, fanfares band-à-pied et, bien sûr, une reine (photo ci-haut) et un roi.







La journée débute toujours avec les danseurs et danseuses, qui offrent leurs plus beaux habits dans des chorégraphies élaborées pour l’occasion.
Les couleurs sont vives sous le grand soleil qui surplombe le tracé du carnaval à l’heure du midi.








Plusieurs proches d’HAÏTI MAGAZINE défilent également, comme l’artiste Payen Ernst (ci-bas, t-shirt rouge) et ses sculptures en marionnettes géantes.
L’humour est au centre du carnaval, comme cette vache picotée de couleurs vives qui lit un manuel de biologie (deuxième photo ci-bas), ou encore ce groupe de monstres-singes, également musiciens (troisième photo ci-bas).




Le cynisme n’est aussi jamais bien loin, comme ce cercueil (ci-bas) peint aux couleurs du drapeau haïtien, sur lequel est écrit : « les victimes », sous-entendu de l’insécurité due aux conflits armés. L’un des porteurs affiche la devise d’Haïti sur son dos : « L’union fait la force », alors que sur le côté du cercueil on implore : « Yon chans pou Ayiti » (une chance pour Haïti).







Enfin, il semble y avoir eu, à vue de nez, plus de participants au défilé cette année que l’an dernier.






Vidéoclip de la semaine
Ou banm lanmou - Teddy Hashtag feat. Rutshelle Guillaume
Rien de plus mignon et rassurant que l’amour, et c’est ce thème que célèbre cette nouvelle chanson de Teddy Hashtag, en duo avec Rutshelle Guillaume.
« Ou banm lanmou » (Tu me donnes de l’amour) réchauffe d’ailleurs les cœurs un peu partout en Haïti, à en croire la popularité du vidéoclip, qui atteint déjà 3 millions de visionnements, ainsi que les nombreuses reprises dans des vidéos sur TikTok, à peine deux semaines après sa sortie.
Port-au-Prince : des quartiers libérés, d’autres toujours en conflit
Dans les dernières semaines, certains quartiers de Port-au-Prince ont été libérés par les autorités haïtiennes du joug des groupes criminels armés. À Solino, certains habitants ont même recommencé à retourner habiter leur maison, après plusieurs mois passés dans des camps ou chez des proches.
Aux alentours de l’aéroport international, le contrôle de certains carrefours importants et des quartiers adjacents a été repris par la police dans les derniers jours. Cela contraste avec les années précédentes, où très peu de gains de territoire avaient été signalés par les autorités. Des interventions armées, menées par la police et ses alliés (armée et force internationale d’intervention), ont aussi été effectuées la semaine dernière à Kenskoff, dans les montagnes au-dessus de Pétion-Ville.
Des combats ont cependant toujours lieu au centre-ville, à Portail Léogane et à Bas-Peu-de-Chose, entre autres. Pour se rendre à Jacmel pour le carnaval, une partie de l’équipe de DÈYÈ MÒN ENFO a d’ailleurs dû embarquer dans un véhicule blindé pour se rendre au port de la capitale, où un traversier l’a déposée à Petit-Goâve.

L’équipe DÈYÈ MÒN ENFO
Photo-journalistes : Francillon Laguerre, Sonson Thelusma, Andoo Lafond, Milot Andris, Patrick Payin
Comité éditorial : Etienne Côté-Paluck, Jean Elie Fortiné, Jean-Paul Saint-Fleur
Stagiaires : Wilky Andris, Donley Jean Simon
Collaboration spéciale : Stéphanie Tourillon-Gingras, Mateo Fortin Lubin
Partenaires médiatiques : Centre à la Une, J-COM, Nord-Est Info
Partenaire institutionnel : Kay Fanm, Mouka.ht
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